Mots-clefs

, , , , , , , ,

Titre : Une Chambre à soi
Auteure : Virginia Woolf
Date : 1929 (1951 en France)
Nombre de pages : 171

IMG_2492

 

  • Le résumé

Cet essai a pour sujet la place des écrivains de sexe féminin dans le monde et l’histoire de la littérature.
Virginia Woolf reprend plusieurs conférences sur le féminisme qu’elle a donné en 1928 dans deux collèges de l’université de Cambridge qui étaient réservés aux femmes pour en faire un essai pamphlétaire.
Elle s’interroge sur les différentes raisons pourquoi la femme a eu beaucoup de mal à se faire une place dans le monde de la littérature.

  • Ce que j’en ai pensé

Cela faisait très longtemps que j’avais envie de lire cet essai et déjà plusieurs mois que je l’avais dans ma PAL.
De Virginia Woolf, je n’ai lu que Mrs Dalloway que j’avais adoré, un véritable coup de cœur. Mais ma lecture avait été vraiment très laborieuse et même si j’avais très envie d’en découvrir ses autres œuvres, je n’avais pas eu le courage de m’y mettre tout de suite.

Ayant un peu de temps en ce moment, je me suis décidée à sortir quelques classiques à lire et j’ai donc sorti ce petit livre.

J’ai d’abord été étonnée par la facilité du style. Il m’arrivait parfois de devoir relire plusieurs fois des phrases dans son roman Mrs Dalloway, je devais vraiment m’immerger dans le texte, alors qu’ici, je n’ai eu aucune réelle difficulté.

Cet essai, on peut le résumé en une phrase (et d’ailleurs Virginia Woolf le fait dès le début) : pour qu’une femme puisse écrire une fiction, il lui faudrait une chambre à elle, où elle peut s’isoler dans le calme et la solitude et y rester, sans être dérangé ;de plus,elle a besoin d’argent, pour être à l’abri du besoin.
Voilà.

Elle va démontrer cette phrase durant tous son essai.

On peut se dire que maintenant cet essai date un peu, qu’il n’est plus d’actualité : les femmes sont maintenant bien implantées dans le monde littéraire.

Et pourtant, pourquoi y a-t-il si peu de femmes à l’Académie Française (7 pour être exacte!) par exemple? Pourquoi (on est dans la période des prix, cela tombe bien!) y-a-t-il toujours aussi peu de femmes primées ( dans un article sur le net, j’avais lu une fois que depuis le début du XXe siècle, il n’y avait même pas 17% des prix qui revenaient aux femmes)?

Donc si l’essai date un peu, il n’est pas tout à fait hors d’actualité, même si certains arguments qu’elle emploie le sont un peu. Mais ces deux besoins de base restent d’actualité : il faut pouvoir travailler sans être dérangé et sans avoir à se préoccuper de comment se nourrir et se loger sans cesse.

Elle nous parle de l’importance de l’éducation chez la femme : Comment les femmes pendant très longtemps étaient étrangères au principe de gagner de l’argent, puisque l’argent qu’elle recevait si jamais elles travaillaient en étant mariée ne leur appartenaient pas vraiment. Selon la loi, l’argent revenait au mari.
De toutes les manières, la fonction première des femmes étaient d’avoir des enfants et de s’occuper de son foyer.

De plus, il a été longtemps très mal vu pour les femmes d’écrire. Alors que les hommes ne rencontraient qu’indifférence ou amusement, les femmes elles, avaient la bienséance qui s’indignait de les voir écrire. On était horrifié et elles perdaient une partie de leurs réputations. C’est une des raisons pourquoi les femmes prenaient souvent un pseudonyme pour publier leurs écrits.
Cela n’a commencé à changer au XVIIIième siècle quand elles ont pu prouver qu’elles arrivaient, en écrivant, à gagner de l’argent. Cela constituait une bonne raison pour la bienséance, puisqu’elle faisait cela pour survivre et qu’elle ne pouvait pas faire autrement.

Virginia Woolf montre aussi à quel point tout change quand on a de l’argent. Cela parait évident, mais elle le souligne plusieurs fois : ne plus avoir de souci quotidien, ne pas avoir peur du futur, de ne pas être sûr de pouvoir se loger ou se nourrir… On a l’esprit disposé à d’autres choses, on peut s’ouvrir à la culture, au savoir au plaisir. On a le temps de faire d’autres choses et on a le temps de se mettre à l’écriture. Comme elle le dit si bien page 162 « la liberté intellectuelle dépend des choses matérielles », que cela soit pour les hommes ou les femmes.

J’ai beaucoup aimé tout le passage sur la supériorité prétendue des hommes. Je n’y avais jamais pensé sous cet angle-là et je trouve qu’elle n’a pas vraiment tort :
Les hommes qui insistent sur l’infériorité des femmes pensent ainsi démontrer leur propre supériorité. Ils éprouvent le besoin d’être rassuré sur leurs propre valeur et d’avoir confiance en eux-même. Et quel est le meilleur moyen si ce n’est de se croire supérieur à toute une partie de la population?
Je ne sais pas si c’est tout à fait vrai et applicable à tous les cas, mais j’ai trouvé cela assez intéressants comme manière de voir les choses.

Virginia Woolf s’interroge aussi sur le fait que les femmes avaient tendance à écrire non seulement de la fiction, mais surtout des romans. A quoi est-ce dû?
Manque de culture, de moyens, de possibilité de se déplacer : impossibilité d’écrire donc des documentaires. Seule « formation littérature » qu’elle a bien pu recevoir c’est l’observation des caractères et l’analyse des émotions, souvent chez elle dans son salon. Quand à la poésie? Celle-ci demande beaucoup de temps et de concentration. Sans pièce et temps à soi, il est peut-être plus simple d’écrire en prose et de la fiction.

Elle donne plusieurs conseils à la fin, comme d’écrire ce qu’on a envie d’écrire et pas ce qu’on pense que les autres voudraient qu’on écrive. Ou comment. Le tout est d’écrire comme nous on le sent, non en tant que sexe, mais en tant que soi-même

Voilà, je pense avoir fait le tour de ce dont je me souviens dans cet essai et que j’avais envie de partager.

—————————————–

Un essai donc très intéressant, assez court et clair je trouve, qui replace bien la place de la femme dans la littérature, que cela soit en tant que personnage qu’écrivain. Je le conseille donc aux personnes intéressées par ces thèmes.

 

  • Extrait

Il serait infiniment regrettable que les femmes écrivissent comme des hommes ou vécussent comme des hommes, car si deux sexes sont tout à fait insuffisants quand on songe à l’étendue et à la diversité du monde, comment nous en tirerions-nous avec un seul?

Publicités