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Titre : Une longue impatience
Autrice : Gaëlle Josse
Date : 2017
Nombre de pages : 192

  • L’Intrigue

Un soir, Louis, 16 ans ne rentre pas chez lui. Il a eu un différent de trop avec son beau-père. Les jours passent et il ne réapparaît pas.
Sa mère voit alors sa vie divisée en deux, avec ses enfants et son mari dont il faut s’occuper et l’attente de revoir son fils aîné. Ce partage va l’amener aux limites de la folie, mais sans relâche, elle scrutera la mer pour apercevoir le bateau où son fils vogue.

  • Ce que j’en ai pensé

C’est après la lecture de ce roman que j’ai eu envie de reprendre le blog pour en parler.

Ma dernière lecture de cette autrice avait été une lecture un peu en demie-teinte, non pas à cause de son style que j’avais trouvé toujours aussi bon, mais à cause d’un personnage que je n’avais pas réussi à supporter. Il s’agit du roman Le dernier Gardien d’Ellis Island

On est d’accord, les lecteurs ne sont pas forcément là pour faire ami-ami avec les personnages des romans qui n’ont pas pour vocation d’être toujours gentils et agréables…mais ce personnage m’avait vraiment mis hors de moi et cela avait un peu abîmé mon envie de lire ses autres romans. J’avais donc vu qu’elle en avait sorti un autre, mais j’ai laissé passer du temps.

Quand j’ai vu ce roman à ma médiathèque, j’ai longuement hésité. J’ai mis plusieurs semaines avant de l’emprunter. J’ai fini par le faire (il avait été mis en coup de cœur en plus) et par le commencer.
Et ce fut une lecture magnifique. Mon premier coup de cœur de l’année en fait. Je l’ai lu en deux heures (merci mes fils pour cette sieste exceptionnellement longue qui est tombée parfaitement!) et j’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ma lecture.

Encore une fois, le style de cette autrice est vraiment parfait pour ce genre de récit. Je me suis complètement laissée porter par la beauté de sa plume, la justesse de ses descriptions, aussi bien des paysages que des états-d’âme de ses personnages. On se retrouve immergée dans son histoire. Véritablement, son écriture me touche beaucoup et je trouve qu’elle mériterait vraiment à être plus connue.

C’est donc l’histoire d’une mère, déchirée entre deux vies : son premier mariage et son premier enfant, puis son second mariage qui lui permettra d’accéder à la sécurité, mais sans jamais vraiment trouver sa place.
Malgré ses deux autres enfants, l’amour de son époux, Anne ne peut s’empêcher de se languir désespérément le retour du fils prodigue, d’avoir le cœur qui saigne sans interruption et de ne plus vivre que dans l’attente. Attente qu’elle garde au plus profond d’elle pour ne pas perturber ses autres enfants et son mari (même si celui-ci est loin d’en être dupe, mais qu’il ne peut que respecter sa douleur).

J’ai aimé le fait que tous les personnages soient profondément humains, avec de bons et de mauvais côtés, des colères et de la tendresse. Anne est vraiment un personnage touchant, on ne peut s’empêcher d’attendre avec elle, de vivre entre parenthèse, tout en continuant à se consacrer autant qu’elle peut à la famille qui lui reste.

Et que dire de ces chapitres-entre-deux qui décrivent sous forme de lettre à son fils par le détail le magnifique repas de fête qu’elle compte lui préparer à son retour.

Franchement cela fait partie de mes passages préférés. Une telle variété de mets, de couleurs, de textures, une description parfaite qu’on découvre petit à petit entre chaque chapitre. Cela me donnait l’eau à la bouche et pour une fois, j’ai réussi à considérer la cuisine comme une sorte de poésie.
Et quand on comprend à la fin ce que sont vraiment ces intermèdes, c’était tellement beau et inattendu…franchement une réussite, bravo à l’autrice.

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Vous l’aurez compris, j’ai vraiment adoré ce roman. Je l’ai trouvé beau et doux et délicat, tout en étant extrêmement poignant et dur. Je ne peux que vous conseiller de vous laisser tenter par ce très beau roman.
J’ai hâte en tout cas de continuer à lire ces autres œuvres.

  • Extrait

Car toujours les mères courent, courent et s’inquiètent, de tout, d’un front chaud, d’un toussotement, d’une pâleur, d’une chute, d’une plainte, d’un chagrin. Elles s’inquiètent dans leur cœur pendant qu’elles accomplissent tout ce que le quotidien réclame, exige, et ne cède jamais. Elles se hâtent et se multiplient, présentes à tout, tandis qu’une voix intérieure qu’elles tentent de tenir à distance, de museler, leur souffle que jamais elles ne cesseront de se tourmenter pour l’enfant un jour sorti de leur flanc.